Ça y est, Flotation Toy Warning a enfin sorti The Machine That Made Us, successeur de Bluffer's Guide To The Flight Deck, et nous a prouvé que l'attente en valait la peine. Ben Clay (l'un des deux guitaristes du groupe) a bien voulu répondre à quelques questions. (English below)
Peux-tu te présenter toi et ton groupe ?
Mon nom est Ben Clay et je suis guitariste et co-songwriter avec Paul Carter dans Flotation Toy Warning.
Avec la sortie de The Machine That Made Us on ne parle que de la longue attente, ton approche de la musique a-t-elle évoluée entre le début et la fin des enregistrements ?
Oui, j’aime bien qu’« on ne parle que de la longue attente » ! Pour être honnête notre approche de la musique en termes d’écriture n’a quasiment pas changé. Grossièrement la moitié des chansons sont au départ ébauchées par Paul et l’autre moitié nait d’une écriture collective. Les chansons peuvent partir d’un son trouvé nourrissant des choses sans fin : voix, claviers, guitares, appareils ménagers passés au travers de chaines d’effets jusqu’à ce que quelque chose nous intéresse, on y ajoute une sorte de rythmique, superpose des voix par-dessus et avec un peu de chance c’est parti… parfois ! Ça peut se produire immédiatement ou prendre plusieurs jours. Avec cet album certaines chansons ont évolué alors que nous cherchions à avancer sur une toute autre chanson, King Of Foxgloves vient d’une session où nous cherchions la partie suivante de The Moongoose Analogue.
Avec le temps on a appris à mieux sentir quand quelque chose va dans la bonne direction ou pas, comme jusqu’où pousser une idée pour savoir si ça peut devenir une chanson de Flotation.
La chose qui a peut-être changé avec Machine est que nous avons pris de l’assurance dans le choix des bonnes prises, du bon son et du ressenti pour chaque chanson alors que nous enregistrions les versions finales. Cela doit beaucoup à l’aptitude de Nainesh (autre guitariste du groupe qui a enregistré une grande partie des chansons de Machine) a traduire nos idées sur comment doivent sonner les choses en un enregistrement concret.
Et est-ce que les obstacles que vous avez rencontrés dans la composition et l’enregistrement de l’album ont influencé, d’une certaine manière, vos chansons ?
Finalement dans une certaine mesure pour ce qui concerne la musique, les obstacles rencontrés n’ont pas influencé directement les chansons. Nous ne sommes pas des musiciens formés et notre approche de l’écriture peut être un peu aléatoire, la musique à laquelle nous pouvons aboutir est celle qui résonne le plus en nous. Bien sûr il y a eu de grands changements dans nos vies depuis Bluffer's, certains d’entre nous sont partis et ont eu des enfants, et cela change indéniablement les perspectives et regards sur la vie, je suis sûr que certaines choses transparaissent. Au sujet des paroles Paul a dit avoir dû travailler dur pour se mettre dans le bon état d’esprit pour écrire, s’enfermant dans une vieille église au Pays de Galles et subsistant avec des gâteaux et des films de Tarkowsky et Bergman (tout ou partie est peut-être vrai).
D’une manière générale qu’est-ce qui influence votre musique et vos textes ?
Notre amitié a toujours été sous-jacente à notre musique et dans un certain sens cela nous a beaucoup influencés. Finir cet album, et la quantité de temps et d’efforts surhumains qui a éventuellement été demandée, a rétabli la relation qui était devenue tendue et abimée quand nous avons fait Bluffer's il y a maintenant longtemps. A propos de nos influences musicales, nous avons tous des goûts largement différents, nous sommes des auditeurs avides et on espère que cela se ressent au travers de notre musique.
Pour les paroles il faudrait que tu voies directement avec Paul, elles lui appartiennent toutes, je dirais simplement que l’album renferme une merveilleuse collection de textes. Certaines paroles, comme celles qui ouvrent Due To Adverse… sont apparues pendant les démos, improvisées sur le moment puis devenues une partie intégrale de la chanson et devaient le rester, je n’ai toujours aucune idée de leur signification, mais la plupart des textes ont pris du temps et ça se sent.
Quelle était ta relation avec la musique, en tant qu’auditeur et "acteur", en dehors des sessions d’enregistrement pour Flotation Toy Warning pendant cette période ?
La musique est une partie fondamentale de la vie, que ce soit dans l’écriture, l’écoute, regarder jouer ou en jouer soi-même. J’ai écouté de la musique ardemment quand j’ai commencé à emprunter à ma sœur des disques de punk et des magazines de musique à l’âge de 12 ans et je n’ai jamais pensé arrêter. La musique marque nos vies, nous associons des souvenirs aux chansons que nous aimons ou haïssons, ça nous rappelle nos amitiés. Je ne sais pas si cela réponds à ta question.

Quelles sont tes attentes quand tu cherches une mélodie ou un son de guitare ?
Le plus souvent ma façon d’écrire et notre manière de travailler avec les guitares sont largement instinctive en y ajoutant autant de pédales d’effets qu’on le peut ! Nain autant que moi sommes comme des enfants dans une confiserie quand il est question d’effets, on en a jamais assez et même quand nous pensons avoir fait le tour, nous finissons toujours par découvrir de nouvelles choses appétissantes qui nous prouvent le contraire. Encore une fois le son est souvent le point de départ avant la recherche de mélodies.
Sur cet album mon son préféré est probablement celui des guitares sur les couplets de The Moongoose Analogue, Paul les décrits comme le jet-stream d’un avion, c’est clairement plus un son qu’une mélodie distinctive. On l’a trouvé au moment de la démo et on a gardé la piste car je ne voyais pas comment on aurait pu l'améliorer.
Pour les guitares collaboratives, difficile de faire mieux que celles sur les couplets de Heroes…, Nain et moi nous sommes beaucoup amusés pour l’enregistrement de ces guitares et en avons enregistré 6 ou 7 mélodies différentes, les assemblant avec chaque partie tendant le témoin à la suivante.
Machine a complètement changé notre approche des guitares. Avec Nain nous avons beaucoup travaillé ensemble dessus et pour être honnête nous nous sommes rarement pris la tête. Nous nous sommes surtout amusés. Il est arrivé que certaines parties soient rejetées mais c’est ainsi qu’on fonctionne avec Flotation, la chanson est la finalité et non la partie de guitare individuellement, donc même s’il est frustrant de devoir en réécrire certaines, c’est au final une bonne décision pour la chanson elle-même.
En plus de 15 ans d’existence pour le groupe, y a-t-il des expériences ou rencontres (en dehors de Sean Bouchard et son infaillible soutien) qui vous ont marqué ?
Bien évidemment notre rencontre avec Sean de Talitres a sauvé notre groupe, sans lui il est sûr que nous n’aurions jamais fini cet album et il est devenu avec le temps un très bon ami aussi, nous sommes heureux de pouvoir enfin le récompenser pour sa patience et sa confiance.
Il y a en a d’autres aussi, Brian O’Shaugnessey, qui a mixé Bluffer's et une bonne partie de Machine, est devenu une personne importante qui a été la clé pour achever Bluffer's. Il est aussi devenu un très bon ami.
Faire de la musique est une histoire de connections, vraiment, et faire de la musique avec des gens que tu considères comme tes meilleurs amis est une excellente chose, puis tu transmets ce que tu as créé à un large public et les gens y répondent, te disent ce que ça signifie pour eux.
Quels artistes locaux t’ont touché récemment ?
Cette question me fait penser à deux artistes, un groupe et un écrivain, bien qu’aucun des deux ne soit issu de la scène locale.
Pour le groupe, Califone a creusé son propre sillon en faisant une musique excitante et innovante à leur manière pendant une vingtaine d’années. Leur musique pourrait être décrite grossièrement comme enracinée mais avec au-delà de ça une approche expérimentale qui les démarque des autres ; des bruits, des sons, d’étranges percussions, bien que cette description soit totalement insuffisante. Nous écoutions leur album Quicksand/Cradlesnakes il y a peu quand nous nous rendions au Pays de Galle pour nous réunir tous et c’est un disque fantastique, je conseille de commencer par celui-ci puis d’acheter ensuite tout ce que vous pouvez d’eux.
Pour l’écrivain, Ben Ratliff. Il a écrit un livre intitulé Every song ever, c’est un bouquin dont l’intention est de t’encourager à écouter de la musique avec une approche original, qui ne soit pas basée sur les frontières du style musical. Il fait des parallèles entre des groupes ou des musiciens qui au premier abord semblent n’avoir rien en commun. C’est une excellente lecture qui peut t’offrir bien plus si tu le veux.
Certains membres de Flotation Toy Warning sont-ils impliqués dans d’autres projets musicaux ou artistiques ?
Tous sont ou ont été impliqués dans d’autres projets créatifs.
Paul était l’un des chanteurs invités de The Fitzcarraldo Sessions.
Steve, Nain et moi avons fait un documentaire musical, Main Stage, qui prend le Reading Festival de 1989 pour point de départ. Nous avons interviewé tous les artistes qui y ont participé et c’est devenu un film sur qu’est-ce qu’être musicien et les parcours et histoires que ça entraine. Tu peux en trouver 4 épisodes sur YouTube.
Nain travaille comme ingénieur/producteur/mixer au Snorkel Studios où on a beaucoup enregistré pour Machine.
En plus de la quasi-totalité des designs réalisés pour Flotation, Vicky est conservatrice à la British Library et il lui arrive de travailler sur des livres incroyables comme les carnets originaux de Leonard De Vinci.
Steve dirige un brillant centre communautaire de films et musique qui s’appelle TAPE au nord du Pays de Galles. L’année dernière ils ont fait leur premier film, British Winters, c’est un superbe travail à plusieurs niveaux. Il y aura une première en France au Festival Intergalactique de Brest un peu plus tard dans l’année.
Une question périphérique : le Royaume-Uni, comme à peu près le reste du monde, semble être actuellement en pleine agitation politique, comment cohabites-tu avec tout ce qui est en train de se passer ?
En vérité ces dernières années la situation politique au RU a été terrible, nous nous sommes retrouvés à nouveau avec un gouvernement sectaire et à courte vision uniquement intéressé à se servir lui-même ainsi que les grandes entreprises qui le soutiennent. Finalement avec les dernières élections on a vu l’arrivée d’une opposition suffisamment courageuse se revendiquant socialiste et de le prouver par des idées et des actions. Nous sommes loin de la perfection mais il y a des signes, comme le million de jeunes qui se sont inscrits pour voter, que les choses peuvent changer et c’est au moins une raison d’espérer et de se réjouir. Comme pour le reste du monde, c’est aussi indéniablement une période effrayante, Trump président, merde, comment une chose pareille est-elle possible ?
Que dirait The Machine That Made Us à son prédécesseur Bluffer's Guide To The Flight Deck ?
Il serait possible que Machine passe un coup de fil à Bluffer's et l’invite au bar du coin, lui bourre la gueule jusqu’à ce qu’il s’écroule, ivre, et le mette dans un avion/train/bus jusqu’à un pays lointain. Bien qu’en vérité, ces deux là sont les meilleurs amis du monde et ils finiraient probablement par boire et se raconter des histoires tard dans la nuit jusqu’à s’effondrer après avoir raté le dernier bus.
Soulagé par la sortie de l’album ? Quels sont tes souhaits, actifs ou passifs, pour Flotation Toy Warning dans l’avenir ?
C’est bien trop tôt pour se projeter un peu plus loin dans le temps. Le disque est fini et nous allons maintenant avoir le plaisir de présenter ces nouvelles chansons sur scène. On a trouvé que les concerts donnés en novembre de l’année dernière pour les 15 ans de Talitres comptaient parmi nos meilleures performances. Nous avons la chance d’avoir une bonne formation live maintenant, avec nos amis Adie et Gwen qui nous ont rejoints, notre challenge est de faire encore mieux que ces derniers concerts.
Ce serait bien sûr super si Machine pouvait atteindre une audience plus large, et si nous avions l’opportunité de jouer dans de nouveaux pays, un voyage aux États-Unis, ce serait bien aussi.
J’aime penser que Paul et moi continuerons à faire de la musique ensemble longtemps encore, je verrais toujours ça comme une part de ma vie, donc la question devrait être, pourquoi pas un autre album alors ?



